Carnet de tendances

Être dirigeant de la Sphère publique, c’est accepter de remplir quatre missions loin d’être compatibles les unes avec les autres :


● avoir le sens de l’intérêt général pour garantir un service public de qualité ;

● avoir le sens politique afin de composer avec un État actionnaire souvent envahissant et contradictoire ;

● avoir la fibre et l’épaisseur sociales pour entretenir un dialogue social de qualité avec les organisations syndicales ;

● savoir relever le défi de la concurrence déjà très agressive (AIR FRANCE-KLM, EDF, LA POSTE) ou qui approche à grands pas (RATP, SNCF).

 

Dans ce contexte, on observe en 2020 trois tendances fortes au sein de la Sphère publique :


1. LA PRIVATISATION DES PROFILS

 

● C’est la fin des grands commis de l’État : à la SNCF, FARANDOU (Mines de Paris) succède à GALLOIS, IDRAC et PEPY, trois énarques, à la CAISSE DES DEPÔTS, LOMBARD (HEC) remplace les ROMANET, JOUYET et LEMAS, trois énarques encore, tandis que SMITH, le Canadien, vient chez AIR FRANCE-KLM après les SPINETTA, JUNIAC et JANAILLAC, trois énarques toujours ;

● C’est l’apparition de dirigeants qui savent parler le langage de la base : FARANDOU, « cheminot première langue », FAURY, « compagnon première langue » et SMITH « steward première langue » ;

● Ce sont des patrons qui, comme TAVARES (PSA), sont des numéros deux devenus des numéros un (CAINE, FAURY, SMITH), des experts de leur secteur mais en plus des passionnés de leur métier (FARANDOU, FAURY, SMITH).

 

2. LA FINANCIARISATION DES ENJEUX ET DES GOUVERNANCES

 

Les gouvernances


● C’est la SNCF qui est en coupe réglée de Bercy. Il n’y a plus de représentants du Ministère des Transports au sein du nouveau Conseil d’administration ; il n’y a que des représentants de Bercy ;

● C’est FDJ qui se retrouve sous surveillance de Bercy car, bien que privatisée, l’entreprise reste sous « contrôle étroit » de l’État avec un commissaire du Gouvernement « doté du pouvoir de s’opposer aux décisions problématiques de l’entreprise ».

 

Les enjeux


● Sauver LA POSTE : création d’un pôle banque-assurance (LA BANQUE POSTALE-CNP ASSURANCES) de premier plan ;

● Aider EDF à faire face au mur de la dette : opération dite Hercule envisagée avec une partie entièrement publique (le nucléaire) et une autre (le renouvelable et la distribution) ouverte à des capitaux privés ;

● Procéder à des cessions d’actifs car l’entreprise SNCF n’a pas vocation à faire tous les métiers.

 

3. LE PROFIL BAS EN COMMUNICATION

 

● Il s’agit de calmer le jeu au sein d’entreprises (AIRBUS, AIR FRANCE-KLM, SNCF) qui étaient en surchauffe managériale (ENDERS), sociale (JANAILLAC) ou médiatique (PEPY) ;

● D’où le profil bas adopté par les FARANDOU, FAURY et SMITH. Finie l’ère des patrons flamboyants à la communication tout en dehors, on est passé à de la communication en dedans, sans en rajouter : priorité à l’interne par rapport aux médias ;

● C’est une génération qui ne se donne pas aux médias ; silence, on (FARANDOU, FAURY, GUILLOUARD, LOMBARD, SMITH, WAHL…) travaille : la parole rare contre la parole bavarde.