La force fragile de la Sphère publique

La France a la chance de pouvoir compter sur une sphère publique de grande qualité :

  • Des actifs stratégiques d’État dans l’Aéronautique et la Défense (AIRBUS, DASSAULT AVIATION, NAVAL GROUP, SAFRAN et THALES enregistrent des carnets de commande records) ou dans l’Énergie (EDF et ORANO profitent de la relance du nucléaire) ;
  • Des Institutions publiques (BANQUE DE FRANCE et COUR DES COMPTES) qui agissent comme autant de contrepouvoirs puissants et pertinents en remplissant leur rôle de vigie et de lanceur d’alertes ;
  • Des autorités publiques et/ou administratives indépendantes qui sont régulatrices de leurs secteurs respectifs (ARCOM, ART, ASNR ou CRE). 

Mais cette force publique à la française est doublement vulnérable. 

 

Elle est d’abord fragilisée par un certain nombre de facteurs bloquants : 

  • Instabilité politique ;
  • Chaos parlementaire ; 
  • Détérioration des finances publiques ;
  • Incertitude budgétaire, ;
  • Valse des ministres de tutelle (en quatre ans : cinq Ministres des Transports et six Ministres de l’Énergie) ;
  • Centralisation excessive du pouvoir de décision ; 
  • Nominations tardives ; 
  • Problème de « leadership » politique du fait de l’ambiance de fin de règne qui prévaut depuis la dissolution.

 

Dans ces conditions, c’est la cacophonie qui n’est jamais très loin de la cacocratie (mauvaise gouvernance).

 

Symbole de cette impéritie :  les débuts prometteurs de BROMO (alliance dans l’industrie spatiale européenne) à opposer aux déboires du SCAF (avion de combat européen). La première s’est faite à l’initiative d’industriels européens motivés alors que le second a été imposé par les politiques sans concertation avec les industriels.

 

L’État est défaillant, de surcroît, il n’a plus d’argent ; c’est un État hors-sol qui est devenu impuissant. 

 

Quant à la sphère publique, elle est en état d’apesanteur tant elle manque de visibilité, de stabilité et de sérénité. 

 

Facteur aggravant, elle est aussi percutée par l’agenda politique des Présidentielles de 2027. 

 

Trois exemples pour illustrer ce télescopage : 

  • Le dossier du SCAF opposant les Européens aux Souverainistes ;
  • Les énergies renouvelables faisant l’objet de calculs politiques ;
  • L’audiovisuel public passé au crible par une Commission d’enquête parlementaire. 

 

Ce n’est pas un hasard : Souveraineté, l’Énergie et l’Audiovisuel public sont devenus un objet politique et soumis comme tels à la critique, voire à la polémique, du personnel politique. 

 

La nature a horreur du vide, c’est pourquoi, certains acteurs du public sont venus combler le vide d’une classe politique déclinante.

 

Dans un moment de dévalorisation de la parole publique et de discrédit de la fonction gouvernementale, ils disent la vérité. 

 

Dans le brouillard d’aujourd’hui, ils jouent le rôle de boussole. 

 

Dans la « bordélisation » du commentaire instantané, ils aident à démêler le vrai du faux. 

 

Ils ont eu le courage de descendre dans l’arène et de prendre la parole sur le devant de la scène afin de nourrir et d’élever le débat public. 

 

Par leur part de voix et parce qu’ils soignent leur capital de visibilité, ce sont des influenceurs économiques : 

  • Nicolas DUFOURCQ, la désindustrialisation et la dette sociale ;
  • Catherine MACGREGOR, la défense des énergies renouvelables ;
  • François VILLEROY de GALHAU, le primat de l’orthodoxie financière ;
  • Emmanuelle WARGON, la pédagogie du prix de l’énergie. 

 

Ils ont du poids et du coffre et savent chatouiller l’État actionnaire. 

 

Ils occupent une place singulière et inédite dans l’échiquier public.

 

Ce sont des patrons dans la Cité au sens politique et non politicien du terme.